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Revue
Transdisciplinaire de Plasticité Humaine
Numéro 17
Gladys Fabre est écrivain, historienne et
critique d’art. Commissaire indépendant, elle a aussi contribué à l’élaboration
du film Orlan, Carnal
Art dont le critique Gérard Delorme dit " (…) Orlan
appartient à un autre millénaire, où quelques artistes et adeptes de la
science-fiction imaginaient l’avenir en jouant avec la notion de transhumanité." (Première). Elle se
livre dans ce travail à une analyse en profondeur du travail scriptural réalisé
pour l’exposition Wordwork par
Joëlle Dautricourt, graphiste et sculpteur à Paris,
dont nous publierons ultérieurement les recherches. Wordwork signifie littéralement mot-œuvre, autrement dit que le mot est matière à œuvre,
qu’il travaille comme il est travaillé, qu’il est une véritable entité
plastique. Gladys Fabre montre ainsi très bien
comment l’artiste utilise les configurations de ses tampons Wordwork dans le but de changer les niveaux de lecture, de passer de la
forme au contenu et vice-versa en jouant sur les assonances ou les effets
visuels. Cependant, plus on pénètre cet univers graphiste, plus on s’aperçoit
qu’il nous mène à d’autres langages, à d’autres mondes, à la révélation du
mystère scriptural per se. On est pris dans une spirale
conduisant à entrevoir le mysticisme de l’écriture, à lire ce message au
travers d’une sensibilité féminine inscrite dans la tradition de la Kabbale,
comme Gysin - cité par l’auteur - s’inscrit dans le
soufisme. Le « peuple du livre » ne peut manquer ce rendez-vous...
Sur le plan de la création artistique, Gladys Fabre
relève que la démarche de Joëlle Dautricourt ne
s’inscrit pas dans la déconstruction comme le surréalisme ou le mouvement ou l’ultra-lettrisme, mais dans une démarche d’ouverture; les
mêmes moyens (la photocopieuse) y étant employés à des fins opposées, ici la
recherche d’un nouvel espace de déploiement, de nouvelles dimensions ou strates
plastiques. Le résultat en sera d’autant plus percutant, différent qu’il
géométrise les formes, les couleurs, les mots, la chromatique - réelle ou
imaginaire -, le sens, la poétique avec cette distance, cette féminitude propre
à la gestation de l’œuvre d’art.
Deux
pianos préparés : quatrieme partie -
Transpositions metaphysiques
Mariana Thiériot Loisel est coordinatrice de la
Faculté de Philosophie du Monastère de Saint Benoît à São Paulo
au Brésil. Elle a réalisé un post-doctorat en
philosophie de l’éducation à
l’Université Laval au Canada sous la direction du professeur Thomas De Koninck
centré sur l’étude des mutations humaines dont nous publions l’intégralité dans
PLASTIR. La première partie de ce travail : « A l’ombre : désir et neutralité » a été publiée dans le n°14 de Plastir, les seconde et troisième parties dans le n°16 de Plastir.
La quatrième partie traite cette fois de l’articulation entre la conscience du non intentionnel
(évaluations erronées et accidents qui s'en suivent), les mutations humaines
sensées (réévaluations justes), les actes de discours (codes éthiques formels
et non formels) et enfin la transposition métaphysique comme résultat de ces
mutations humaines sensées. L’auteur donne maints exemples de cette
articulation contextualisée qu’il s’agisse de
politique avec les génocides ou la valeur du travail, du processus compétitif
de la recherche scientifique, de la complexité des relations humaines ou du
rôle des métaphysiciens et des philosophes contemporains face à leurs pairs.
Une notion en ressort : plutôt que de chercher la vérité absolue, il
vaudrait mieux favoriser « la mise
en question du sens métaphysique de cette vérité et la confrontation
rationnelle entre le texte et le contexte » et leur transposition. En
découle cette lente mutation du phénomène humain « porteuse
d’une réalité immanente » en amont « et d’une capacité transcendante: métaphysique » en aval
traduite par « le langage, à la
source de l’évolution humaine ».
Deux
pianos préparés : cinquième partie -
legislation, plasticite et mutation : au nom du père
Mariana Thiériot Loisel introduit dans cette dernière partie la notion de plasticité des
mutations humaines en l’appliquant au législatif, à la déontologie
professionnelle et à l’éthique transdisciplinaire que nous essayons tous de
promouvoir. Et cela passe une fois encore par l’approche phénoménologique,
notamment avec Husserl, voire la psychanalyse sous l’égide Lacanienne afin de
montrer l’impuissance de la science moderne face à ces mutations comprises
comme topiques, insensées et sans fondements. Mariana
Thieriot pose ainsi la question : « Quels sont les soubassements normatifs qui
« impulsionnent » l’acte de discours ou
l’absence de soubassements normatifs, de lien de fondation, de normes qui
meuvent une logorrhée insistante, dénuée de fondements ? ». Pour y
répondre, l’axiologie de Ricoeur qui cherche le sens
des valeurs humaines au travers de sa sémantique ou la philosophie première
d’Husserl opposant conscience intuitive et non intuitive, invitant à une
neutralité d’action en tant que prise de position méthodologique et impliquant
diverses formes de mutations conditionantes ou
positionnelles. En ressort la nécessité urgente de codifier la déontologie
professionnelle et la mutation sociétale plus généralement de façon à éviter
les conflits éthiques qui ne cessent de se multiplier, et celle du respect de
l’identité humaine et de la plasticité des principes démocratiques.
Basarab Nicolescu est physicien théoricien et
président du Centre International de Recherche et d’Etudes Transdisciplinaires
(CIRET) qui œuvre incessamment pour la reconnaissance académique et culturelle
de la transdisciplinarité à travers le monde. C’est chose faite, si on en juge
les nombreuses institutions et facultés qui insèrent dans leurs programmes des
mastères ou des doctorats transdisciplinaires (France, Roumanie, Brésil,
Afrique du Sud, etc..). Auteur de nombreux ouvrages (cf. Plastir n°10), il vient de publier « Qu’est-ce que la réalité ? Réflexions
autour de Stéphane Lupasco aux éditions Liber. Dans
cet article issu d’un colloque sur « Eros et la langue arabe – Rencontre avec Adonis », Basarab Nicolescu nous convie en premier lieu au partage intime de
sa rencontre à Damas ou à Paris avec le grand poète syrien Adonis, à la
naissance de la divine comédie arabe (al-Kitâb), à la
connaissance du philosophe Adonis aussi, proche dans ces conceptions de
physiciens comme Bohr ou Heisenberg. Cependant, la trame du discours se dévoile
rapidement : il s’agit d’une relecture éclairée de l’œuvre du poète
montrant son caractère foncièrement transculturel et transreligieux
révélant que « C'est l'être humain,
dans sa totalité ouverte, qui est le lieu sans lieu de ce qui traverse et
transcende les cultures et les religions » et non pas une culture ou
une religion monothéiste qui prendrait le pas sur les autres. Cette approche visionnaire se concrétise vis-à-vis de la transcréation qu’Adonis aborde par le biais de l’écriture
poétique vue comme une transgression et une connaissance essentielle à la fois,
comme un lien privilégié entre les sciences humaines et les sciences exactes et
enfin comme ce qui permettra la reconstruction du monde.
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