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Revue
Transdisciplinaire de Plasticité Humaine
Numéro 16
« Advienne
que pourra ! » Empathie et neurones mirroirs : l’œuvre
thérapeutique du clown intérieur
Fernand Dendoncker est depuis plus de trente ans médecin-chef de l’Hôpital
Psychiatrique Saint Jean de Dieu à Leuze-en-Hainaut,
Belgique. A la suite des évènements de 68, Il sera objecteur de conscience et
amené à pratiquer la médecine générale dans un énorme hôpital psychiatrique
d’état y faisant l’expérience déterminante des conséquences délétères sur les
patients des incohérences institutionnelles non gérées. Cela l’engagera à
poursuivre un cursus complet de psychiatrie, les approches de psychothérapie
systémique de M. Elkaïm, ainsi qu’une formation à la psychothérapie
analytique de C.G. Jung donnée par le professeur J.P. Legrand. A Zurich, il
rencontrera notamment le Professeur Meyer, disciple direct de Jung, et le Prof.
A. Guggenbühl-Craig, secrétaire de l’Internationale
jungienne. Il poursuivra sa formation psychanalytique chez Pierre Solié. Dans le cadre de la Société de Psychanalyse Charles Baudhuin, il présentera plusieurs conférences.
Epinglons : « A la croisée du
sentiment jungien et des senteurs d’Oc, la pensée transhistorique de Pierre Solié » (1987), « La drève du château, méditation
péripatéticienne en compagnie de Kafka » (1991), « Le coeur divin, du
souffle à la tempête » (1993), « Entre soi niant et soi nié, dans les
limbes du Soi » (1995). Intervient
aussi dans des colloques sur l’Art thérapie et les médiateurs
d’expression : « L’encadreur
encadré », autour de la notion de cadre thérapeutique (1999). Au sein
de l’Hôpital Psychiatrique Saint Jean de Dieu, Il développe aujourd’hui un
concept de psychothérapie institutionnelle centrée sur l’ambiance thérapeutique, qu’elle favorise la cohérence des
soignants ou qu’elle fasse synthèse chez les soignés. Cette préoccupation
centrale fut résumée dans un exposé donné en 2006 à Bordeaux, à l’occasion du
Congrès International de Gestalt et repris dans le cahier 21 du Collège
Européen de Gestalt-thérapie sous le titre évocateur : « Le chœur soignant : une esthétique de
la cohérence thérapeutique en institution ». Ouvert dès l’enfance à la diversité des valeurs, soucieux de
développer des collaborations au-delà des options philosophiques, il entretient
des relations avec les deux universités principales du pays depuis ses études
et devient maître de stage pour la formation des psychiatres issus tant de
l’Université Catholique de Louvain que de l’Université Libre de Bruxelles.
Organise depuis 1982 une biennale scientifique : Mentalidées, qui a reçu en 27 ans bien des sommités psychiatriques et
philosophiques, un cycle de conférences annuelles : Chemin Psy, et un séminaire clinique. A présenté, dans ce cadre,
des exposés qui portaient plus sur l’organisation et la méthodologie, par
exemple : « Le manque dans tous ses états » (1993),
« Etre vraiment là, faire chœur autour de la maladie, un nouveau
concept » (2003), « La thérapie institutionnelle
d’appropriation : quand Monsieur Jourdain fait du réseau » (2005),
« Le réseau permet-il une synthèse éthique de l’économie et du
traitement ? » (2005), « La vigilance étiologique, préambule du
traitement psychique » (2007). Administrateur aux Chambres syndicales
des Médecins, il obtient au Conseil d’Etat la suspension de la loi sur le
Résumé Psychiatrique Minimum. Depuis 1996, explore l’espace entre l’exigence
scientifique médicale, les interactions complexes institutionnelles et
l’expérience empirique jubilatoire du clown, avec l’espoir d’y faire synthèse
utile. Initie en 2007 un groupe thérapeutique issu de ses recherches et en
présente les bases dans un exposé donné en 2008 portant un titre voisin de
celui que nous avons l’honneur de publier en exclusivité dans PLASTIR. Et en
effet, c’est un privilège, car nous assistons ici dans un article fouillé,
précis, méthodologique et anecdotique en même temps, à toute la genèse de cette
approche thérapeutique, aux pas gigantesques qu’a du accomplir Fernand Dendoncker pour dépasser ses souffrances, pour dépasser les
clivages, pour saisir l’intuition géniale du clown C.
Moffarts et l’intégrer dans sa pratique
psychothérapeutique, pour l’adapter à la
psychiatrie et aux soignants eux-mêmes. Mais l’auteur ne se contente pas de
relater ces expériences individuelles ou de groupe, il implique le lecteur, le
mène vers l’éveil psycho-corporel lui aussi, l’ouvre
à de nouvelles perspectives, tant sur le plan psychodynamique
que philosophique. La science n’y est pas en reste car F. Dendoncker tire
aussi parti de la découverte récente des
neurones miroirs et de leur rôle avéré dans l’empathie pour rebondir sur cet
important trait de la conscience primate et humaine. Citant Damasio,
il revient ainsi au clown et à son rôle central, bouclant la boucle et notre
cheminement : « - Le
système sensorimoteur intervient dans la reconstruction de ce que l’on ressent
lorsqu’on est dans une émotion particulière au moyen de la simulation des états
corporels en rapport avec l’émotion -. Nous verrons que le clown fonde
depuis toujours son art sur ce processus. »
Deux
pianos préparés : Deuxieme partie -
constance ou mutation : les défis
du contexte
Mariana Thiériot Loisel est coordinatrice de la
Faculté de Philosophie du Monastère de Saint Benoît à São Paulo
au Brésil. Elle a réalisé un post-doctorat en
philosophie de l’éducation à
l’Université Laval au Canada sous la direction du professeur Thomas De Koninck
dont elle nous donne la primeur. La première partie de ce travail :
« A l’ombre : désir et
neutralité » a été publiée dans le n°14 de Plastir. Comme nous l’avions indiqué, son titre, « Deux pianos préparés », est issu d’une composition de John Cage « concerto pour piano préparé »
qui passe par toutes les saisons et se termine par un autodafé :
l’interprète, un compositeur oriental brûle le piano. Mariana
Thieriot met ainsi l’accent sur la part inévitable de
destruction dans la production d’une œuvre et sur celle qui survit grâce à
l’autre piano. Plus généralement, l’intégralité de ce travail de post-doctorat
dont nous présentons ici les deuxième et troisième parties est centré sur la notion de mutation humaine et tout ce qu’elle
entraîne en termes de contexte, d’introspection, de recherche, de mythe, de
discours, de regard et de mobilisation. Dans cette seconde partie, elle entre
en philosophie dans une implication première –autobiographique - et avec
l’ambition clairement affichée « d’établir
une relation qui permette la circulation
de sens du texte au contexte ». Cette inflexion se poursuit sous
l’égide d’Habermas, tant sur le plan du langage, du vécu que d’un monde commun
permettant de se soustraire aux totalitarismes. Sur le plan de l’intériorité,
ce sont le pathos et les affects qui sont fouillés par le biais de l’apport de
Michel Henry interrogée face à Heidegger ou aux philosophies post-modernes.
« L’affectivité n’est comprenante que parce que le comprendre est affectif et
dans la mesure où il l’est. Parce que le comprendre est affectif, affectif est
aussi ce qu’il comprend, le monde lui-même et son horizon », dixit
Henry. Cependant, l’auteur nous dit bien « qu’il ne s’agit pas de nier les apports de Habermas sur la nécessité de
développer la présence impalpable de la raison humaine à l’aide de ces outils logiques
que sont les opérations mentales : induction, déduction, abduction,
dialectique, mais de contextualiser cet apport ».
Cela implique un territoire neutre, au sens de Barthes, et pose la délicate
question du transfert médiatique de ces concepts neutres au travers de
territoires comme l’Afrique du sud. Une des solutions évoquées par l’auteur
pour endiguer ces barrages réside dans la libre circulation des fruits de la
recherche et le développement d’échanges transdisciplinaires à travers le monde
Deux
pianos préparés : Troisième partie -
une mutation impromptue : sens, texte et contexte
Mariana Thiériot
Loisel, tout en nous défiant de céder au nihilisme,
aborde dans cette troisième partie le cœur du sujet : « Je fais l’hypothèse que cette interaction entre une intention et
une volonté consciente et un désir inconscient apparaît sous le mode d’une
évaluation et que cette évaluation peut rendre possible la mutation humaine », dixit l’auteur. Nous voici
donc plongés dans les liens inextricables entre affects, désirs et sur- ou dé-valuation, tous traits de caractères spécifiquement
humains, donc faillibles, et à la base d’une éthique discutable, voire
usurpatrice au sens de Barthes, c'est-à-dire par une tentative de
« substituer la vérité par le mythe ». Seule échappatoire à ce
piège redoutable : la création « d’une éthique de la compréhension »
prônée par Edgar Morin dans la Méthode ou par une tentative de « réconciliation du réel et des hommes, de la
description et de l’explication, de l’objet et du savoir » selon Barthes. Mariana Thieriot en vient donc
avec Habermas, Michel Henry et à l’aide de nombreux exemples tels la sculpture
de Giacometti, l’astronomie de Galilée ou les mathématiques de Leibniz à se poser la question du sens véritable de
la vérité, de la structure interne du sens, à ce qu’ils masquent ou dévoilent
et à la nécessité de situer ponctuellement le contexte non intentionnel d’une
mutation humaine.
les
tremplins de l’incertitude
Maurice Couquiaud est poète, essayiste, ancien
rédacteur en chef de la revue polypoétique Phréatique
dans laquelle il a publié nombre d’écrivains et de scientifiques de renom et
membre du CIRET. C’est dire qu’il est un fervent défenseur des valeurs
transdisciplinaires et un auteur prolixe. Parmi ses ouvrages, de nombreux
recueils de poésie passionnants tels « Chants de Gravité », L'Harmattan, 1996 ou « L'éveil des eaux dormantes », Le Nouvel Athénor,
2006 et des essais tels « L'étonnement poétique: Un regard foudroyé », L'Harmattan, 1998 et « L'horizon
poétique de la connaissance », L'Harmattan, 2003. Ces deux
derniers titres soulignent à grand trait la démarche poét(h)ique
de l’auteur: demeurer sans cesse étonné et ouvert sur le brassage des idées et
des hommes. D’où sa soif de connaissance des découvertes les plus pointues de
la science et son analyse en profondeur de la pensée philosophique
contemporaine. Ainsi, la rédaction de ce journal écrit en 2004 dans lequel
Maurice Couquiaud disserte au jour le jour sur
ses lectures, sur sa participation à des colloques, sur ses libres pensées ou
sur ce que lui inspire certains poèmes. On est pris dans le voyage dès la
première citation d’Hubert Reeves indiquant la
nécessité absolue de pratiquer la science et la poésie de front, sans disparité,
sans scission absurde et sans mélange des genres. C’est ensuite l’univers de
Cioran qui est revisité sur le plan de ses positions face au scientisme, à la
culpabilité, au nihilisme et à la métaphysique s’achevant sur cette ode
réconciliatrice de Supervielle :
« Le soleil connaisseur qui
nomme et qui dénombre.
Remet sa part de jour à ce qui
sort de l’ombre »
Suit un
plaidoyer sur « la face cachée de la recherche » et cette fameuse
incertitude intégrée depuis l’avènement de la physique quantique que Basarab Nicolescu aborde sur le terrain vierge de
la « transnature » et Jean-Pierre Luminet sur le plan des « univers chiffonnés ».
Enfin, c’est naturellement l’univers des poètes qui est arpenté par l’auteur à
l’aide de Random, Gilbert-Lecomte
et René Daumal dans son évocation de la lente ascension de la conscience
humaine.
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