|
|
|
|
Revue
Transdisciplinaire de Plasticité Humaine
Numéro 14
La
dialectique de la plasticite : une
analyse lupascienne
Joseph
E. Brenner est docteur en chimie organique de l’Université du Wisconsin et fils du
sculpteur américain Michael Brenner (Lithuanie, 1885 – New York, 1969). Il a notamment
fait des études post-doctorales à l’institut fédéral de technologie de Zurich et du Massachusetts avant de poursuivre sa carrière
internationale au centre Du Pont de Nemours de Genève. Membre de plusieurs
sociétés de philosophie, de logique et en sciences (American
Association for the Advancement
of Science; New York Academy of Sciences; Swiss Society for Logic and the Philosophy
of Science), il s’intéressera très tôt à l’oeuvre du logicien Stéphane Lupasco et développera dès 1998 une étroite collaboration
avec le physicien Basarab Nicolescu, président du
CIRET, afin de faire connaître l’oeuvre de
Lupasco dans la langue de Shakespeare, mais
également d’étendre ces travaux à différents domaines comme les mathématiques,
la logique et l’épistémologie. Il fera notamment deux interventions sur ce
sujet : “Logic, art and transdisciplinarity: A new logic
for the new reality” abordant le système lupascien
et les niveaux de réalité de Nicolescu en les
centrant sur une approche transdisciplinaire de l’art technoéthique
et « Stephane Lupasco and Florentin Smarandache: Conflicting Logics of
Contradiction and an Included
Middle » comparant le principe d’opposition dynamique et la logique du
tiers inclus de Lupasco à la logique neutrosophique de Florentin Smarandache
(2003). Plus récemment, c’est une oeuvre aboutie sur sa propre conception des
préceptes lupasciens qui sera publiée sous forme d’un
ouvrage « Logic in reality »
publié chez Springer Verlag en 2008. Elle développe
un système non propositionnel de LIR ou de logiques inscrites dans la réalité.
L’axiomatique des LIR formalisée avec élégance par l’auteur permet au néophyte
d’aborder les systèmes complexes, l’ontologie et la logique de contradiction
avec simplicité et transdisciplinarité. De nombreux exemples l’illustrent en
physique, en biologie, en philosophie des sciences et en métaphysique. Sont
ainsi abordés les notions d’émergence, de causalité, d’espace-temps, de niveaux
de réalité, d’évolution des systèmes vivants ou encore de déterminisme et
d’indéterminisme. Dans cet article écrit pour PLASTIR, Joseph Brenner nous fait
l’honneur de développer la dialectique de la plasticité telle que la
conceptualise M-W Debono et de la mettre en perspective
avec l’approche lupascienne et le système de LIR. Son
analyse du concept de plasticité est particulièrement relevante dans le sens
où, d’une part, elle s’inscrit dans la démarche logicienne de l’auteur qui
synthétise les approches transdisciplinaires de la réalité, et d’autre part,
elle ne fait appel à aucun esprit d’école. Que dit-elle en substance ?
Tout d’abord que l’intégration du principe de plasticité est une nécessité pour
qui veut combler les fossés entre science et poésie, entre valeurs logiques et
esthétiques ou encore entre les différents langages disciplinaires et sociaux
mutuellement hermétiques les uns aux autres. Ensuite, que la plasticité est à
la fois une propriété physique et un processus onto-épistémique
qui s’exprime à l’interface des phénomènes physiques et cognitifs, engendrant
une approche convergente ou congruente des phénomènes plutôt que leur
séparation. Cette attitude révèle l’inséparabilité entre sujet et objet, entre
science et art et la nécessité qu’ils soient vécus sans schizophrénie. Selon
l’auteur, qui compare les systèmes plastiques, transdisciplinaires et de LIR
tout au long de l’article, c’est d’un changement de perspective du réel et
d’une nouvelle sémantique dont nous avons besoin. Il le montre clairement en
décrivant en quoi le développement des « complexes de plasticité » et
du principe de co-existence (PCE) ou de co-signification (PCS) présentés
par Debono conjoints au principe d’opposition
dynamique (POD) découlant de la logique de Lupasco et
des LIR de Brenner ainsi que des trois piliers de la transdisciplinarité
édictés par Nicolescu peut conduire à une description
plus complète de la réalité perçue du monde. On aboutirait ainsi selon Brenner
à « une logique de et dans la
réalité », plutôt que de rester dans une logique du tout venant ;
on verrait manifestement en quoi l’ubiquité de la plasticité ne constitue pas
un handicap mais une grande force, celle - je cite l’auteur qui fait un
parallèle avec l’approche transdisciplinaire - de se référer « à ce qu’il y a entre, au travers et au-delà
des formes individuelles » ; on s’immiscerait enfin, en évitant
le piège des métaphores, dans ce que la métaphysique propre de l’univers – sa
poétique - veut bien nous dire.
Philippe Quéau est polytechnicien et spécialiste internationalement reconnu des
sciences de l'information et de la communication.
Il a notamment été directeur de recherche à l'Institut
national de l'audiovisuel (INA) pendant une vingtaine d’années où il était
responsable du groupe de recherche sur la télévirtualité
et a fondé le programme Imagina, rendez-vous mondial de l’image de synthèse. Durant
ces années, il réalisera plusieurs séries TV sur les images de synthèse, le
premier film français en 3D « Maison Vole » avec André Martin et la première liaison mondiale de télévirtualité
par liaison téléphonique avec immersion 3D « dans » l'abbaye de Cluny. Il sera
alors nommé directeur de la Division de la Société de l’Information à l’UNESCO
à Paris, puis à Moscou (2003) et actuellement au Maroc où il dirige le bureau
de Rabat couvrant l'ensemble des pays du Maghreb. Parallèlement à ces approches
innovantes et extrêmement riches, Philippe Quéau est
l’auteur de « Metaxu - Théorie de l’art intermédiaire » et de « Le Virtuel - Vertus et
Vertiges, aux éditions Champ Vallon/INA, publiés respectivement en 1989 et
en 1993, et plus récemment de « La Planète des esprits. Pour une
politique du cyberespace »,
publié aux éditions Odile Jacob (2000). Ce qui frappe dans ce parcours, c’est
la constance et l’innovation permanente qui permettent à l’auteur de
transcender en temps réel les progrès technologiques les plus pointus. Mais,
loin de se comporter en technocrate ou en égérie de la post-modernité, Philippe
Quéau nous fait pénétrer au cœur de l’image, dans ce
qu’elle a de plus iconique et de plus révélateur de nous-mêmes, dans ce qu’elle
véhicule d’art, d’émotion et de sens. Ainsi, Metaxu
explore toutes les facettes de cet art intermédiaire auquel nous participons
tous, celui situé à l’interface entre image et langage, entre nature et
culture, entre symbole et signification. En dérive les prémisses d’une cyberéthique que l’auteur souhaite développer avec sagesse
afin d’éviter certains travers hypertechnologiques. Metaxu à la même racine que métaplasticité,
ce n’est ainsi pas le fruit du hasard si cela a conduit l’auteur à nous offrir
cet essai dont le titre « L’empreinte
digitale de l’âme » emprunté à David Fincher, réalisateur de « L’étrange histoire de Benjamin Button », est déjà tout un programme, celui du
« double langage de l’idéologie
moderne quant à la vie et à l’art », ainsi que d’une approche
nominaliste de la nature des universaux. Nous vous laissons le découvrir
avec délectation. [Metaxu, le blog de
Philippe Quéau: http://queau.eu/]
Du concept de plasticité à la plasticité du
concept
Eric Combet est agrégé de l'Université, docteur en
philosophie et professeur de classes préparatoires. Il enseigne l'esthétique à
l'École supérieure de Design La Martinière de Lyon et
a récemment publié « Pour l'art, ou
la plasticité de l'esprit » aux éditions Ellipses (2008) qui a
reçu le Prix Araxie Torossian
2006, décerné par l'Académie des Sciences Morales et Politiques. Il défend dans
ce livre la thèse selon laquelle « l'art
est par essence l'activité par laquelle l'homme, au lieu de se fixer en son
humanité, traverse son propre esprit et tend vers une forme supérieure de vie »
(note de l’éditeur). PLASTIR est ainsi un lieu de
prédilection pour cet auteur que nous avons invité à discourir sur l’approche
philosophique de la nature contradictoire de la plasticité. Il se plie
volontiers à l’exercice en distinguant d’emblée la chose formée (plasma) de
l’action formatrice (plastiké) et en nous menant au
cœur de la problématique plastique : « à la fois rigidité de la
plastification et fluidité du changement de formes » et « irritant
plasticage de nos oppositions binaires ». La trame est donc jetée, une
sorte de « menace ontologique… sur nos capacités logiques »
vite levée par des philosophes comme Dagognet
qui voit dans les matières plastiques une catalyse possible ou un lieu de
dissolution de nos égocentrismes et de notre subjectivité. Même constat pour
les objets techniques de Simondon où la matérialité
plastique révèle son hylémorphisme, sa capacité endogène à s’autoengendrer. Ainsi, l’auteur de décrire cette
morphogenèse dont l’homme n’est pas l’unique ouvrier : « La
matière s’organise, non pas seulement par son fonctionnement mais dans son
fonctionnement, et la morphogenèse réelle de l’objet est un frayage du plaste
dans la forme conçue par l’homme ». Autre approche philosophique
citée, celle de Malabou, qui après avoir si bien
décrit la plasticité post hégélienne, nous met en garde contre
l’anti-plasticité, autrement dit la flexibilité imposée aux travailleurs par le
capitalisme excessif ou dans un tout autre domaine par la maladie neurologique
ou, le traumatisme, qui les fait demeurer dans la fixité (la plasticité
inexorable de la mort), la composante passive de la plasticité au lieu de mimer
la neuroplasticité ou « le plastir neuronal »,
autrement dit la créativité et le libre-arbitre du cerveau humain. Ce qui amène
l’auteur à distinguer la néantisation de
« la force plastique chaogonique »
des grecs anciens. La plasticité est ainsi décrite comme étant motrice,
évolutive et opposée au déclin de l’humanité. A ce point de la description,
Eric Combet nous comble en rappelant ce que signifie
le verbe plastir que nous avons choisi pour titre de notre revue,
« un se former sans sujet formateur » selon Simondon, un processus génésique parfaitement illustré par « l’énergie
connective toujours disponible « du cerveau et enfin un principe selon
lequel « toute chose est à la fois forme et force, forme en devenir ».
Demeurer à la surface disait Nietzsche face à la volonté de puissance du
plaste… De même, Cézanne qui s’est ouvert à la plasticité des formes et des
couleurs jusqu’à l’épuisement plutôt que de rester prisonnier de « la
plasticité immédiate des choses ». Or, comme le soulève Combet, le prix à payer est « un double
abandon du soi et de l’objectivation du monde » à la plastification
(la mort), voire au plasticage. D’où la nécessité d’une éthique du modeleur que
des plasticiens comme Penone ou Didi
Huberman ont totalement intégrée. On en vient ainsi à
la pensée du sculpteur en train de sculpter et aux plasticiens de l’esprit
comme Hegel, Kant, Deleuze ou Bergson que Combet
apostrophe « dianouménalement »,
c’est à dire avec une plasticité de l’esprit dont la nature transversale
corrobore pleinement le nouveau paradigme épistémologique de plasticité que
nous défendons.
Deux
pianos préparés : Première Partie -
a l’ombre : desir et neutralite
Mariana Thiériot Loisel est coordinatrice de la
Faculté de Philosophie du Monastère de Saint Benoît à São Paulo
au Brésil. Elle est actuellement en post-doctorat en
philosophie de l’éducation à
l’Université Laval au Canada sous la direction du professeur Thomas De Koninck. C’est dans cette perspective qu’elle étudie le
facteur humain et choisit d’en donner la primeur à Plastir. Trois volets seront abordés dont le premier est
présenté dans ce numéro. Le titre de cet article est tiré d’une composition de John Cage « concerto pour piano préparé »
qui passe par toutes les saisons et se termine par un autodafé :
l’interprète, un compositeur oriental brûle le piano. Le propos de l’auteur
dans « deux pianos préparés »
est ainsi de montrer que si l’un des pianos brûle ou si il y a une part
inévitable de destruction dans la production d’une œuvre, l’autre pourra au
moins survive à l’autodafé. Le sujet oscille ainsi du récit à la transposition du concerto de Cage dans
le monde de la recherche, du manichéisme, du savoir philosophique, mais aussi
de l’homme-machine et de la figuration sociale :
une solution, croître ensemble, être intuitifs, à l’écoute de son corps. Mariana Thieriot-Loisel pose la
question sans détours: « Quelle
vie voulons-nous, la notre ou celle d’un mythe, d’un conte de fées niaiseux,
dictée par les médias, qui s’obstine à déformer la teneur nos relations
humaines ? » Et sa réponse est obstinément tournée vers l’humain,
vers la défense de ses faiblesses et de ses désirs, vers la rédemption du
chercheur égaré. Et ces désirs réfrénés, elle les exprime par l’intermédiaire
de Rabindranath Tagore ou
« du cercle des philosophes disparus » qu’elle interroge: « Quelle est la relation entre désir et
maladie ? Désir et neutralité ? » et analyse en profondeur : « De nos jours Socrate serait accusé de
pédophilie, Phèdre soigné, drogues à l’appui, pour guérir d’un « inceste
pédagogique » et éventuellement de son homosexualité. Et pourtant l’histoire se répète et sans
cette passion entre deux qui créent, je me demande si la transmission
culturelle aurait lieu ? La culture est une vie sur laquelle je suis toujours
irrémédiablement en retard précise René Char ». En filigrane, on lira
« la connaissance de l’ombre »
comme « la reconnaissance de la
présence du désir », un désir qui a besoin de sens, de créativité et
qui nous permet de traverser toutes les violences.
![]()
![]()
Fonctionnement de la Revue : Les articles publiés sont parrainés, c'est à dire sollicités par PSA au sein de ses membres ou d’invités.
Cependant, la revue accepte également des propositions de textes qui seront soumis à un comité de lecture constitué par le bureau de PSA.Les textes publiés dans PLASTIR ont pour certains des copyrights auteurs © et sont la propriété de PSA éditeur qui pourra les faire publier sous forme papier.
Ils engagent la seule responsabilité de leurs auteurs et ne peuvent en aucun cas être reproduits ou utilisés sans l'autorisation écrite préalable du président de l’association et rédacteur en chef de la revue sous peine de poursuites judiciaires pour entrave au droit d’auteur.
© Copyrights,